Archive pour February, 2021

Quelles stratégies pour défendre les lieux en communs ?

Appel en commun


Page d’accueil du site web de Mix’Art Myris


Venez échanger avec Joël Lecussan, coordinateur de Mix’art Myris et une personne membre d’un lieu, une réalité sociale du réseau italien des communs urbains, à partir des questions suivantes : Comment créer et maintenir des conditions d’une pérennité des lieux indépendants en communs ? Quelles stratégies ont été mises en place ? Quelles expériences partager et quelles solidarités pour soutenir les lieux menacés ?

Date : mardi 23/02/2021
Heure : de 20 h à 21 h CET (Paris) – 14 h à 15 h EDT (Montréal)
Rencontre en ligne : https://ca.meet.coop/b/rem-xoc-eoo-kkw
(utilisez votre navigateur – aucune installation d’application n’est nécessaire)
La rencontre se déroulera en français.

MISE À JOUR

L’appel en commun sur les conditions et les stratégies de défense des lieux occupés en commun sera introduit par Joël Lecussan, coordinateur de Mix’art Myris et une personne de Ri-Make è bene comune! de Milan. Ri-Make è bene comune! Fait partie du réseau italien des communs urbains qui a vécu le risque d’expulsion et a mobilisé ses réseaux en pour résister.

Un grand nombre de lieux occupés fonctionnent sur la base des communs. Les artistes y trouvent un espace de travail collectif alors qu’ils sont souvent confrontés à la rareté des espaces accessibles en milieu urbain. Ils sont le creuset où s’élabore la production artistique à laquelle aura accès le public. Ces lieux sont aussi des espaces les communautés produisent, diffusent et reproduisent de la connaissance utile à leur membres. Ils permettent de satisfaire de nombreux besoins d’utilisatrices et d’utilisateurs dans des domaines très variés : santé, alimentation, éducation, accès aux droits, accueil des réfugié-e-s pour ne citer que les plus courants. Ce rapport à la communauté en fait de véritables lieux en commun, de l’agir en commun : auto-organisation et horizontalité de la gouvernance, partage des ressources, soin apporté à la communauté et ses conditions d’existence.

Pourtant, l’existence de ces lieux est fragile. Leur rôle est remis en cause et ils sont souvent menacés d’expulsion sur des bases administratives. C’est ce qui arrive aujourd’hui à Mix’art à Toulouse. Mix’art Myris, c’est pourtant le squat emblématique de la scène artistique et sociale de la ville rose. Des générations de plasticiens, sculpteurs, circaciens s’y sont retrouvés. Et ces dernières années, le lieu est devenu un point de ralliement pour le mouvement des gilets jaunes. L’appel en commun sera l’occasion d’un échange sur entre militants français et italiens qui font face à ces questions et imaginent des stratégies pour défendre les lieux communs.

Refuser de financer la recherche vaccinale en «double aveugle»

Publication originale : Refuser de financer la recherche vaccinale en «double aveugle» 26 sept. 2020.

Gaelle Krikorian

Ces milliards témoignent de façon plus médiatisée que d’ordinaire de l’implication majeure de la puissance publique dans la recherche médicale. Elle le fait généralement au travers du financement de programmes de recherche, d’institutions publiques de recherche, de partenariats avec des firmes privées, de crédit d’impôts, et naturellement de l’achat ou du remboursement des produits de santé. Dans le cas de la recherche pour un vaccin contre le Covid, ce financement est massif et fulgurant. De quoi justifier que les éventuels vaccins efficaces mis au point soient considérés et traités comme des biens communs, c’est-à-dire une ressource essentielle développée grâce à un effort collectif, dont la production et l’accès devrait être organisés et gouvernés de façon transparente et collective.

Pourtant, l’opacité et la mainmise de quelques acteurs, qui prévalent d’ordinaire au sein de l’économie pharmaceutique, restent de mise. D’un côté, les pays disposant de plus de ressources cherchent à s’accaparer les premiers (meilleurs) futurs vaccins à travers la signature de contrats bilatéraux avec les firmes : Etats-Unis, France, Royaume Uni, Italie, etc. ont signé des accords avec AstraZeneca, BioNTech et Pfizer, Novavax, Moderna, GSK, Johnson & Jonhson, etc. Ils souhaitent se couvrir politiquement en sécurisant un accès aux éventuels vaccins pour une partie de leur population, mais ne se sentent visiblement tenus d’aucun compte à rendre concernant l’utilisation des ressources publiques. Ils transfèrent massivement de l’argent public vers l’industrie tout en lui laissant des droits de propriété sur les futurs produits.

De l’autre côté, les grandes firmes pharmaceutiques font, quant à elles, preuves de toutes les audaces et profitent du contexte pour avancer leur agenda de lobbying. Outre des financements publics colossaux de la R&D, elles requièrent l’achat à l’avance de grandes quantités des potentiels vaccins qui seront développés. Elles exigent également des dispositifs allégés d’enregistrement des produits qui les dispensent de fournir l’ensemble des données d’efficacité et d’innocuité d’ordinaire nécessaire, souhaitent être déresponsabilisées voire dédommagées par les Etats en cas d’apparition d’effets secondaires, tout en clamant la nécessité d’une confidentialité des contrats, des résultats des essais cliniques, des coûts de fabrication et des structures de prix des futurs vaccins, ce au nom du secret des affaires.

Les firmes souhaitent « dérisquer » au maximum leur action tout en assurant leurs profits. Le public lui devrait assumer les risques, financiers comme sanitaires. Il finance, il fournit les hôpitaux, le personnel médical, les volontaires par centaines de milliers à travers le monde.[2] Il investit ses ressources sans aucune garantie sur l’efficacité ou les effets secondaires dangereux, ni même sur le contrôle de l’efficacité ou des effets secondaires dangereux (puisque les exigences des agences du médicament sont revues à la baisse. La FDA a ouvert la voie[3] et l’Agence européenne du médicale (EMA) semble bien déterminée à en faire autant). Le public auquel nous appartenons tous n’a pas la capacité d’apprécier ce que devraient être les prix – puisqu’il n’a accès ni aux données sur les coûts, ni aux sommes exactes qui sont accordées aux différentes firmes, aux conditions dans lesquelles ces sommes sont allouées, ou même au CV de la poignée « d’experts » qui négocient avec les industriels.

Les dirigeants de nombreux pays occidentaux condamnent ou raillent les prises de position de Donald Trump, ils dénoncent celles des complotistes et démagogues de tous poils et se revendiquent comme les tenants de la science, la vraie, celle qui s’appuie sur des preuves et des méthodes validées (« evidence based »). Pourtant au prétexte de l’urgence, les exigences sont rabotées, la transparence au sein du champs pharmaceutique qui a émergé ces dernières années comme une demande sociale impérative et une nécessité politique est écartée[4]. Les risques collectifs que la population mondiale prend actuellement pour le développement de vaccins justifieraient un accès public aux résultats des essais vaccinaux en temps réels, pour permettent au plus grand nombre de scientifiques (du public, du privé, de la société civile) d’analyser de façon indépendante les données et comprendre ce que ces candidats vaccins vont faire non seulement au virus, mais aussi aux organismes des individus vaccinés. A fortiori quand on expérimente des technologies qui n’ont jamais été validées jusqu’ici (comme les vaccins à ARN messager).

Et pourtant, les choses continuent de se faire dans le secret que demande une poignée de firmes.
Dans ces conditions en revendiquant un accès équitable au vaccin contre le COVID on a de plus en plus le sentiment d’alimenter avant tout une manœuvre au service de quelques firmes. Au nom du droit à l’accès, et parce qu’on sait qu’il n’y aura de lutte efficace contre le virus à l’échelle de la planète sans partage des technologies, on réclame l’accès pour tou.te.s. Mais l’on ne peut ignorer qu’en dépit des discours de façade aucune solidarité réelle n’est mise en place. L’initiative COVAX recueille des miettes, et derrière ce qui ressemble à un mécanisme de charité à la marge de plus on assiste à la consolidation d’une pratique internationale de préachats (« market advance commitment ») sans informations claires sur les coûts, les contrats ou les prix qui bénéficie dans son immense majorité aux multinationales. La demande sociale d’accès sert alors surtout à justifier la précipitation d’engagements publics sans transparence ni conditions ; et l’on accepte de fermer les yeux sur une économie absurde, qui corrompt la science et la médecine et donne à la santé globale des allures de terrain de jeu pour financiers et autres fonds d’investissements.

Comme l’ont montré les neuf premiers mois de l’année, et notamment le fiasco en terme de capacité de prise en charge ou les pénuries en produits de santé de base dans les pays riches, cette épidémie globale devrait nous amener à sérieusement revoir la façon dont nous finançons la recherche médicale et la santé : de quelle façon nous gouvernons les ressources publiques, protégeons l’intérêt général et impliquons le public dans la réalisation de l’accès à la santé pour tous. Au lieu de cette nécessaire reformulation des politiques publiques de santé, on assiste au passage en marche forcée d’une logique de marché qui ne profite qu’à quelques acteurs, et chaque jour exclut un peu plus de personnes du droit à la santé, dans les pays pauvres, comme dans les pays riches.

* La pratique du double aveugle lors d’essais cliniques consister à assurer que ni le médecin ni le patient ne savent si c’est le produit actif testé ou un placebo qui est utilisé. Le « double aveugle » en matière de financements de la recherche qui consiste à refuser de rendre public l’information sur l’usage des ressources et sur les résultats des essais est en revanche totalement inadapté…

[1] Voir la communication de la Commission européenne le 31 août 2020 : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_20_1540

[2] Neuf candidats vaccins sont actuellement testés dans une dizaine d’essais de phase III, c’est-à-dire des essais d’efficacité et du rapport bénéfices/risques sur des volontaires ; et près de 200 candidats vaccins sont développés dans le monde. Voir le Landscape of COVID-19, candidate vaccines de l’Organisation mondiale de la santé (OMS): https://www.who.int/publications/m/item/draft-landscape-of-covid-19-candidate-vaccines

[3] Voir les déclarations de Stephen Hahn, directeur de la Food and Drug Administration (FDA) fin août 2020 : https://www.ft.com/content/f8ecf7b5-f8d2-4726-ba3f-233b8497b91a

[4] Voir la résolution adoptée par l’OMS le 28 mai 2019 : https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/329301/A72_R8-en.pdf?sequence=1&isAllowed=y

Les communs et l’éducation tout au long de la vie

Dans le cadre de l’initiative portée par l’UNESCO sur les futurs de l’éducation, l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL, Hambourg) a publié récemment un rapport d’experts multidisciplinaires de prospective sur la culture de l’apprentissage tout au long de la vie (« Lifelong Learning »)*. Dans un contexte où beaucoup d’États peinent à répondre aux besoins éducatifs de base de leur population et où les inégalités d’accès à la culture et aux savoirs se creusent de plus en plus, comment (re)donner toute sa place à une culture de l’apprentissage ouverte, accessible et inclusive qui permet à toute personne de pouvoir définir et réaliser ses projets de développement de sa capacité d’agir dans un monde de plus en plus complexe et exigeant?

S’inscrivant directement dans la filiation humaniste de l’éducation des adultes (Commission internationale sur l’éducation au XXIe siècle, UNESCO 1996), les auteurs présentent une série de recommandations parmi lesquelles figure celle de faire de l’apprentissage tout au long de la vie un bien commun. Dans leur énoncé de vision de la situation idéale de l’apprentissage tout au long de la vie en 2050, ils décrivent :

/To ensure that learning opportunities are accessible to all, learning spaces beyond educational institutions have been reinvented to promote and support learning. Besides using public spaces and infrastructure for learning, there are also learner-friendly work environments in all sectors and opportunities for self-employed people. To enhance the free availability of learning resources further, an educational commons has been developed. p. 13/ **

À titre de président du conseil d’administration de l’UIL, Daniel Baril, directeur général de l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (Montréal, Canada) a participé aux travaux du groupe d’expert.e.s. Dans le cadre de l’appel en commun, il nous partage ses réflexions sur le processus qui a mené à l’élaboration de ces recommandations, mais surtout sur la manière dont la notion de communs peut s’imbriquer dans l’élaboration des instruments normatifs internationaux en éducation.

* Document : UNESCO Institute for Lifelong Learning Embracing a culture of lifelong learning: contribution to the Futures of Education initiative. UNESCO Institute for Lifelong Learning, 2020.

** Traduction : /Afin de garantir que les possibilités d’apprentissage soient accessibles à tous, les espaces d’apprentissage au-delà des établissements d’enseignement ont été réinventés pour promouvoir et soutenir l’apprentissage. Outre l’utilisation d’espaces et d’infrastructures publics pour l’apprentissage, il existe également des environnements de travail conviviaux pour les apprenants dans tous les secteurs, et des possibilités pour les travailleurs indépendants. Afin d’améliorer encore la disponibilité gratuite des ressources d’apprentissage, un patrimoine éducatif commun a été développé. p. 13/

Les communs urbains, l’un des piliers du projet politique de la décennie

Au cours des dernières années, la notion de communs a été placée sur le devant de la scène. Ce terme est devenu le marqueur d’une volonté de changer la société en poussant pour davantage de démocratie et de participation citoyenne dans les affaires publiques. Ce changement est porté notamment par l’intuition qu’un nouveau type de communs, les communs urbains, constitue un enjeu politique clé de la production de l’espace public.

Nous devons à des chercheurs engagés comme D. Harvey, C. Vercelone et S. Rodotà le dépassement d’une vision naturaliste des biens communs, qui s’intéressait principalement à la gestion des ressources à l’intérieur d’un groupe d’individus déterminé. Ils ont mis en lumière l’importance primordiale du processus de mise en commun (« commoning ») dans la transformation d’un bien ou d’un service, public ou privé, en commun. Ce qui importe, ce ne sont pas les caractéristiques intrinsèques de l’objet mis en partage, mais bien le processus qui génère et modifie son statut et la manière dont il est utilisé et perçu par les acteurs. Les communs urbains entraînent ainsi des conséquences sur les plans social, culturel et politique.

À cet égard, le processus de constitution des communs urbains questionne ce qu’on entend par territoire. Les communs urbains transcendent les échelles de territoires qui sont habituellement considérées comme un emboîtent du local, dans le national, et l’international. Si l’action apparaît toujours ancrée « quelque part », elle est soutenue par les dynamiques propres à l’économie de la connaissance, les pratiques de pairs à pairs (P2P) et les mécanismes d’intelligence collective.

Les communs urbains apparaissent comme un projet politique qui poursuit et renforce les luttes antérieures pour l’essor des communs : mouvement pour la culture et la connaissance libre, mouvement pour l’eau bien commun, les premiers à se penser comme mouvement des communs, mais aussi les mouvements pour l’écologie, ou le bien être. Ils offrent un référentiel pour appréhender le territoire à partir de cette complexité globale, une alternative puissante au narratif du capitalisme néolibéral qui se prétend hégémonique.

Dans ses actions des dernières années, Remix s’est affirmée comme l’un des lieux au croisement des dynamiques qui animent le mouvement des communs en France, en Europe et dans la Francophonie. Le collectif s’est engagé de longue date dans un travail de collaboration avec les chercheurs de différentes disciplines et les militants de différents secteurs afin de co-construire des outils pour développer la culture des communs et pour promouvoir l’ingénierie de politiques fondées sur les communs.

En effet, la culture des communs naît et se nourrit des pratiques et des connaissances sur les communs, les commoners et plus généralement sur ce mouvement dans la société. Les notions et les définitions des communs ont évolué au cours de la décennie, plaçant à coté d’une description fine des mécanismes de gestion, une vision holistique des communs qui redessine une figure du commoner et déploie un vocabulaire nouveau de l’action collective. Ces perspectives sont explorées par Remix à travers les démarches de l’école des communs et de l’art de l’en-commun. Nous mettons en lumière l’importance du partage de l’expérience acquise dans le groupe à travers la pratique du commoning. Les communs, quelque soit leur domaine, sont des espaces, ou des actions, dans lesquelles nous co-produisons, nous partageons et nous transformons la connaissance qui nous est essentielle pour répondre à nos besoins et exercer nos droits. Cette connaissance s’étend à l’expérience vécue et se constitue de « modes de faire ensemble » partagés, construits pas à pas dans les pratiques de production et de reproduction de la communauté.

Pour poursuivre cette démarche, Remix documente et diffuse largement les pratiques en structurant l’information pour qu’elle devienne un véritable levier d’apprentissage et de transformation sociale par les communs. Ce projet est adossé à nos travaux plus anciens sur le vocabulaire des communs élaboré à partir de l’analyse des pratiques et des recherches académiques. Celui-ci s’enrichit de nouvelles collaborations avec des partenaires en Europe autour de la mise en œuvre d’outils de web sémantique et de la cartographie des alternatives et aussi de l’exploration des patterns (modèles) de commoning à l’occasion de la traduction en français de l’ouvrage de Silke Helfrich et David Bollier (Fair, Free and Alive. The Insurgent Power of the Commons).

À plus long terme, nous travaillons à la reconnaissance d’une culture du partage et de la participation inclusive et émancipatrice. Cette dimension de l’action de Remix est stratégique parce qu’elle contribue à l’émergence d’un récit et d’un projet partagés sur les communs et sur leur rôle comme alternative au capitalisme néolibéral. On s’accorde à penser les communs comme une forme de résistance aux nouvelles « enclosures » du savoir, du vivant et des institutions de la protection sociale. S’ils sont une réaction aux pratiques prédatrices du capitalisme, ils incarnent aussi une alternative au monopole du binôme public-privé qui a marqué l’âge du capitalisme industriel de son sceau. Le projet des communs ne pourrait se développer sans un fondement culturel puissant qui revisite notre conception de l’action publique pour en faire un espace de co-production de normes et de politiques dans lequel la société civile fait sa part. C’est pourquoi Remix au cours de la décennie à venir s’attachera à une transformation de la culture des acteurs publics.

L’identification, le recueil et l’invention des mécanismes qui forment l’ingénierie des communs est le troisième axe de travail à long terme de Remix. Les politiques publiques sont aujourd’hui enserrées dans le carcan d’un État largement dominé par le projet du capitalisme néo-libéral. Les communs doivent passer du discours aux actes et entamer la reconquête de l’État. La mise en lumière des outils et des mécanismes existants dans le domaine juridico-économique est une nécessité pour le mouvement des communs. Les exemples sont nombreux et parfois illustrés par des initiatives connues du grand public : fiducie foncière, propriété d’usage, licences obligatoires, marchés régionaux de circuits courts, comptabilités, partenariat public-commun, etc. Ces exemples démontrent qu’il existe un ensemble de propositions, d’expériences et d’outils pour construire et conduire des politiques de communs. Au vue des dynamiques de la recherche action dans ce domaine, nul doute que d’autres seront développées au cours des prochaines années. Nous attendons des années à venir une multiplication de l’implantation de ces dispositifs et l’émergence d’une force structurée qui soutiendra cette dynamique comme cela s’est vu dans le domaine du logiciel libre par exemple.

Le rôle de Remix sera de faire connaître ces initiatives et leurs mises en pratique et d’accompagner leur transformation en propositions politiques qui pourront être portées dans la sphère publique. C’est ce qui a été commencé avec la série de dossiers « Cahiers Politiques des communs », dont le premier à été élaboré à l’occasion de la campagne des élections municipales. Deux nouveaux cahiers sont en projets : l’un sur la « Santé Publique en commun » et l’autre sur « Économie et Finance en commun ». Ces deux nouvelles publications entendent montrer le potentiel des communs pour traiter de questions transversales (la santé) et pour outiller des problématiques macro (l’économie et la finance). La pénétration de ces propositions dans les milieux des collectivités sera d’autant plus importante qu’elles seront l’objet d’un travail collaboratif avec les militants pour les communs originaires des différents pays permettant de prendre en compte les différences de cultures juridiques, d’accompagner leur mise en place dans des milieux divers et de faire connaître les expériences.

L’un des enjeux critiques pour le mouvement des communs et pour Remix consiste à rendre tangibles la place de l’économie des communs jusqu’ici invisibilisés par la distinction entre économie formelle et informelle. Remix est engagé dans les projets de recherche action conduits par AAA autour de des agrocités et de R’urban. En collaboration avec la chercheure australienne K. Gibson, ces travaux conduiront à terme à l’élaboration de calculateurs capables de mettre en évidence l’ampleur et la portée de cette économie invisible. Ces travaux s’inscrivent dans la continuité de la démarche, pionnière de Remix, d’analyse des outils juridiques (les chartes des communs urbains) commencé en 2015 sur lesquels il est possible de s’appuyer pour penser la gouvernance de complexes de commoning. A terme, nous espérons contribuer à la multiplication des méthodes, outils et indicateurs qui permettront de faire reconnaître les évaluations en triple bottom line par les institutions publiques.

Pour conduire ces démarches, Remix mobilise les militants et les chercheurs autour de projets opérationnels qui font vivre l’expérience du commoning en même temps qu’ils dotent le mouvement des communs de nouveaux outils méthodologiques et techniques. Formats de rencontres (Appel en commun, Commons Camp, …) de publication collective (Dossier Remix, Cahiers Politiques des communs, Horizons communs, ..) Outils de co-gestion des resources (budget ouverts) multinguisme (FSMET commons, Commons camp, meet.coop) sont des outils originaux co-construits que l’on voit être réappropriés par les acteurs des mouvements sociaux qui gravitent autour de Remix. Dans la continuité de cette dynamique, Remix poursuivra le développement d’une infrastructure partagée des communs basée sur les modèles de la fédération (Fediverse) et les plateformes coopératives dont les premières briques sont le konbit numérique et meet.coop. Remix recherchera les conditions d’une fédération inclusive des acteurs des médias sur les communs pour ouvrir un espace communication/computationnel au service des projets et du mouvement des communs basé sur des valeurs de souveraineté numérique, d’écologique et d’éthique.

Les initiatives de Remix sont aussi le terrain privilégié pour constituer des alliances au sein des mouvements sociaux avec les acteurs engagés dans la redéfinition de l’espace public (Lieux intermédiaires, Tiers lieux,…), notamment ceux porteurs et explorateurs de la question territoriale. Remix opère à cet endroit comme un espace de ressources pour les activistes et leurs collectifs, sans volonté d’enrôlement, créant un espace de coopération qui traverse les frontières nationales. Ces espaces seront être les foyers du déploiement d’activités auto-portées (autogérées) par des collectifs, à la fois en présence (tels que le Commons Camp) et conçus comme des dispositifs en ligne.

Remix s’est engagé pour l’émergence d’un mouvement des communs en Europe. L’Assemblée Européenne des Communs (ECA), puis les commons camp (Grenoble, Marseille) ont permis de faire mûrir un projet collectif. Cette dynamique se présente comme un espace d’alliance entre les militants et leurs organisations pour déployer le projet des communs dans sa dimension européenne translocale. Après la réussite magistrale des commonscamp de Grenoble (2018) et Marseille (2020), un espace de travail s’ouvre et se structure autour de projets dont les plus notables sont : le laboratoire européens d’entraide juridique des communs, dont les premières activités sont financées par Fundaction, Meet.coop la coopérative internationale de service de vidéo-conférence en cours de montage à la suite de la crise sanitaire COVID19, et la publication multimédia internationale Horizons Communs qui traite des enjeux du mouvement des communs dans le contexte du FSMET.

Ces initiatives sont les briques d’une infrastructure de travail pour le mouvement des communs en Europe et parfois plus largement. Elles permettent de construire progressivement une gouvernance du mouvement des communs distribuée entre les acteurs impliqués et contributeurs. Dans ce contexte, Remix joue un rôle de gestion pour le compte du mouvement des communs en cours de constitution. Cette démarche permet de développer et de tester les formes de gestion collective et de consolider cet espace à partir des besoins identifiés et des projets qui s’y déploient.

A moyen terme, le mouvement des communs en Europe sera le foyer de débats et d’organisations coordonnées autour de luttes sociales singulières, et qui peuvent interpeller les différents échelons institutionnels en fonction des besoins. D’ores et déjà, les coordinations se constituent autour de « Dette et commun » avec Attac Italie et des enjeux d’habitat avec la plateforme HIC. Les axes stratégiques d’actions de Remix décrits ci-dessus interagissent avec cet espace en cours de construction et en retour, Remix facilite les liens avec les communs francophones.