‘Mosaïque’ Archive

L’Art de l’en-commun

Les 6, 7 et 8 novembre, l’Art de l’en-commun, un événement de la communauté Art of Hosting Montréal, a vu 70 personnes se rencontrer pour explorer les biens communs et le commoning, et développer une culture à partir de la posture de commoner. Les deux premiers jours se sont déroulés dans les magnifiques locaux-jardins de l’Espace pour la Vie partenaire de l’événement. Le troisième jour, les participants se sont répartis dans différents tiers-lieux porteurs de projets de communs à travers la ville de Montréal.

Au croisement de Art of Hosting et du commoning


Art of Hosting, ou l’Art d’Accueillir des Conversations qui comptent pour faire émerger la capacité d’auto-organisation et la sagesse collective des groupes, part de l’hypothèse que les gens mettent leur énergie et leurs compétences au service de ce qui compte le plus pour eux, au travail comme dans la vie. Cette pratique recouvre un ensemble de processus de conversation puissants, qui invitent les personnes à s’engager et à prendre en charge les défis qu’elles rencontrent. Pour en savoir plus, je vous invite aussi à voir l’interview de Toke Moeller, l’un des fondateurs de ce mouvement, réalisée à Montréal, à l’occasion de Ville en biens communs 2013.

20141107_162027 Tout au long de ces trois jours, cette pratique a été mise au service d’une découverte approfondie des biens communs, de la posture du commoner et du commoning. Le premier jour a permis de poser les piliers de ces pratiques à travers des conversations entre les invités et les participants. La première d’entre elle consistait à demander aux invités étrangers, « experts » des communs, de raconter en se placant au centre d’un cercle, les défis qu’ils rencontrent lorsqu’ils doivent parler des biens communs. S’en suivait une ronde au cours de laquelle chaque personne qui le souhaitait pouvait prendre place au centre du cercle pour dialoguer avec l’expert. Une autre conversation visait à partager des piliers du commoning dans un temps de co-apprentissage.

Le lendemain, c’est autour d’une histoire de biens communs que la conversation s’est poursuivie. Chaque personne dans le cercle est
invitée à écouter l’histoire avec une grille de lecture particulière afin que le groupe dans son ensemble se donne une capacité de réflexion et d’analyse collective démultipliée. Après ces explorations, les participants sont invités à élaborer un ensemble de questions fortes sur les biens communs et l’en-commun. Toutes ces questions seront collectées sous formes de capsules vidéos grâce à l’installation de Com-fessional proposée par Remix The Commons. Ces questions ouvrent la voie à des suites possibles pour l’Art de l’en-commun.

20141109_054124 Le troisième jour de rencontre a été consacré à contribuer à des communs vivants ou en projet : 14 initiatives ont été proposées par leurs initiateurs dans différents tiers-lieux de Montréal. Les participants avaient été invités à constituer une « banque de temps » volontairement dédié aux biens communs au moment de leur inscription. Une partie de ce temps à donc été dépensé lors de cette journée. Ce qu’il en reste pourra être mis au service des biens communs dans le futur proche. Avec Alain Ambrosi, nous avons invité les participants à prendre part au projet de « l’école des communs ». Nous avons commencé par partager l’histoire des écoles des communs telle que nous la connaissons. Nous avons présenté la chronologie des événements qui s’y rapportent depuis quelques années, ainsi que la diversité des pratiques qui s’y rattachent : festival, rencontres, ateliers, université d’été, plateforme de documentation des communs et du commoning, exploration et développement d’un vocabulaire des communs. Dans un deuxième temps, nous avons approfondies les visions de l’école des communs dans une conversation ouverte et alimentée par la synthèse du premier cercle d’Aprentissage sur l’école des communs qui s’était déroulé à Montréal en 2013. Enfin, nous avons répondu à la question : « de quoi avons-nous besoin pour faire ensemble l’école des communs ? » Au cours de cet atelier, une vingtaine de personnes se sont engagées et ont proposé de dédier volontairement un quota d’heures à ce projet. Il y aura donc là aussi des suites. La journée s’est terminée par la célébration de notre rencontre des communs et l’art de l’en-commun, une fête conviviale ouverte aux personnes qui n’avaient pas pu rejoindre les trois jours.

Mais qui fait la vaisselle ?


Au cours de cette rencontre, le collectif organisateur a constamment cherché à rendre chaque moment vécu de la rencontre cohérent avec la posture du commoner et la culture du partage propre aux biens communs. Il a fait montre d’un souci de prendre en compte les personnes pour ce qu’elle sont, en recherchant pour chacun les meilleures conditions pour qu’il ou elle puisse découvrir, s’exprimer et partager son expérience et sa connaissance.

20141107_190821Cela a été par exemple le cas pour les repas pris ensemble. Pour le premier jour, il a été fait appel à un traiteur bio et végétarien de très grande qualité afin de s’assurer de satisfaire les besoins de chacun. L’accent a été mis sur la convivialité et l’accueil des participants. Ce repas a été un régal et personne n’a pu résister à leur brownies ! Le deuxième jour, les participants ont été invités à préparer ce qui leur ferait plaisir de partager et à apporter de quoi manger pour 2 personnes. Une tablée magnifique, longue de 70 convivesn, a été dressée à l’heure du déjeuner et chacun a pu déguster les mets de son choix. Enfin le troisième jour, le repas (pour la soirée de célébration) a été cuisiné en commun et servi à table dans une agréable ambiance festive.

Le matin du troisième jours, la tâche de faire la vaisselle qui avait été partagée spontanément, a fait l’objet d’une discussion lors d’un atelier sur les « patterns » du commoning animé par Silke Helfrich. Cette tâche – faire la vaisselle – loin d’être anodine, a permis de mettre en exergue les conditions du commoning et d’alimenter une réflexion sur les rôles de chacun dans les processus de partage et la (re)connaissance des enjeux de pouvoir dans le commoning. Finalement, comme nous avions encore l’opportunité d’expérimenter sur ce point, notre réflexion collective a donné lieu à la création d’un jeu autour du partage des tâches de vaisselle de la dernière soirée de la rencontre.

La récolte


Ce jeu, tout comme les capsules vidéos du Com-fessional fera partie de la récolte de la rencontre. Tout au long de ces trois jours, le collectif a eu le souci constant de récolter et d’inviter chacun à partager, images, son, textes, notes pour en faire une richesse collective dans laquelle chacun pourra puiser pour la suite.

A la veille de la rencontre sur l’école des communs qui se déroule à Paris cette fin de semaine, la capacité à mettre en cohérence des pratiques avec des valeurs portées par les commoners jusque dans les tâches les plus humbles et anodines, celles qui se déroulent précisément dans les communs, l’arrière cour et la cuisine, permet de penser que l’Art de l’en-commun sera une graine féconde et libératrice dans le jardin de la pédagogie des communs.

David Bollier qui y participait avec Silke Hefrich, Alain Ambrosi et moi même, a fait une recension de cette rencontre sur son blog.

Merci à tous pour cette belle rencontre.

Land Rush

L’Afrique produit 10 pour cent de moins de nourriture qu’en 1960. Avec la montée de la monoculture et de la production alimentaire mondialisée, le paysage du continent est en train de changer et menace sa capacité de se nourrir. Au Mali, un plan américain pour une vaste opération de production de canne à sucre sur les rives du fleuve Niger menace les producteurs de riz à petite échelle qui ont nourri leurs communautés pendant des générations.

Comment nourrir le monde ? Pour en savoir plus et obtenir des ressources pédagogiques, aller à www.whypoverty.net

Director Hugo Berkeley & Osvalde Lewat
Producer Eli Cane
Produced by Normal Life Pictures
Why Poverty?
Musique : « The River Tune » de Bassekou Kouyate + Ngoni ba (Google Play • iTunes • eMusic)
ITVS

Intégrer le paradigme des communs de la connaissance dans l’action et les politiques pour la transition

Afin de nourrir la réflexion sur l’intégration des communs de la connaissance dans les visions et perspectives des acteurs engagés dans la transition, nous proposons un séminaire autour du projet FLOK Society ave c Michel Bauwens les 22 et 23 septembre 2014 en région parisienne.

Le projet FLOK Society (Free, Libre, Open Knowledge) est la première tentative d’apporter des propositions opérationnelles à l’échelle d’un pays pour une transition vers une société basée sur la connaissance libre et ouverte. Il vise à créer les conditions d’une transformation simultanée de la société civile, du marché et des pouvoirs publics basée sur une appropriation du paradigme des communs de la connaissance.

Le projet FLOK Society a été élaborer en Équateur à la demande d’institutions gouvernementales. Il a été dirigé par Michel Bauwens, leader de la P2P Foudation, qui a mobilisé autour de lui une large équipe de chercheurs et d’activistes en Équateur, en Amérique Latine et à travers le monde. Les travaux ont mis en perspective les quatre grandes filières mobilisant et produisant les communs de la connaissance : éducation et culture, science, industrie agriculture et services, et citoyenneté et participation (ref : http://tinyurl.com/obd9jdh), pour brosser une analyse de leurs effets de transformations sur le marché, l’État et la société civile, et proposer des orientations transversales et sectorielles de politiques publiques pour faire émerger une économie sociale de la connaissance qui contribue à une transition sociale, économique et environnementale. Ces propositions sont la déclinaison d’une matrice à caractère générale, sous forme de préconisations spécifiques au contexte local équatorien.

Indépendamment de la manière dont celles-ci seront (ou non) reprises sous formes de politiques publiques par le gouvernement ou d’initiatives de la société civile en Équateur, les travaux du projet FLOK Society offrent un corpus de propositions et une méthodologie qui méritent d’être mis à l’épreuve d’autres contextes que celui de l’Équateur. Ce séminaire invite à identifier et approfondir les propositions du projet FLOK Society et les mettre en perspective avec la recherche, les expériences et les mobilisations dans le contexte français et européen.

Dans ce contexte, les acteurs de la transition sont inscrits dans une histoire et un agenda de luttes, de mobilisations et d’expérimentations. Ce séminaire vise à permettre d’intégrer le paradigme des communs de la connaissance de manière utile et efficace dans les visions politiques des familles de pensée qui constituent les forces de la transition, que sont les mouvements sociaux, le syndicalisme, et l’Economie Sociale et Solidaire.

Comment la réflexion sur la place des communs de la connaissance va-t-elle inspirer ces familles de pensée ? Quels agendas bâtir ou rejoindre ? Sur quels territoires et à quelles échelles doit-on mobiliser les communs de la connaissance pour une transformation sociale, culturelle, économique et politique vers une société plus juste, plus participative et, consciente et respectueuse des limites de la planète ?

Le séminaire se structure autour de trois temps, correspondant aux trois axes objets en transformation : le marché, la puissance publique et la société civile. Pour chacun de ces temps, il s’agit d’analyser les apports des communs de la connaissance aux débats et aux luttes sociales et politiques en cours, pour, dans la mesure du possible, élaborer des propositions, dégager des lignes de forces et des stratégies de convergence sectorielles et territoriales. Ces trois axes de travail seront précédés d’une présentation du projet FLOK Society et suivi d’un temps de bilan du séminaire.

Le séminaire se déroule à Villarceaux, OEcocentre de la Bergerie, avec le soutien de la Fondation Charles Léopold Mayer – FPH

Information complémentaire : Frédéric Sultan

Débat public : « Pour la Transition, une économie du partage de la connaissance et des biens communs. »

Une rencontre publique avec Bernard Stiegler et Michel Bauwens le 16 septembre 2014 de 18:00 à 20:30 au Centre Pompidou à Paris.

Attention changement de salle ! La rencontre se déroule dans la Petite Salle du Centre Pompidou.

Les inscriptions sont clauses. Il ne reste plus de place disponible pour cette rencontre.

Face aux crises économique, sociale et écologique, nous sommes nombreux à penser qu’il faut créer les conditions de la transition d’un monde industriel productiviste vers une économie fondée sur le partage de la connaissance en biens communs et sur des modes de productions collaboratifs et contributifs. L’enjeu est d’abord de forger de nouveaux concepts pour comprendre les effets de l’automatisation et de la pénétration du numérique dans tous les aspects de la vie. Il s’agit également de repenser l’intérêt général et la solidarité comme des horizons possibles.

Pour cela, les pouvoirs publics locaux et nationaux, l’Université et la société civile organisée, doivent inventer ensemble, dans les territoires de vie, des alternatives à l’individualisme propriétaire et aux modes de gouvernance fondés sur le duopole Etat/marché.

C’est en tout cas l’hypothèse qui a été faite en Équateur. Ce pays a organisé une vaste étude pour tenter de mettre au clair la construction d’une société en transition appuyée sur les communs. Plusieurs chercheurs et spécialistes internationaux ont été mobilisés, dont Michel Bauwens et Bernard Stiegler.

Quel est le rôle de l’État, des collectivités locales et des territoires dans la transformation de l’économie vers une production des biens et services fondés sur les principes des biens communs ? Quels instruments juridiques et économiques faut-il inventer ? quelles alliances entre les acteurs engagés dans des formes alternatives de l’économie et des innovations sociales ? Comment aller au delà des niches développées avec succès dans certains secteurs – comme l’économie numérique – et permettre un passage à l’échelle vers des modes de production des biens et services fondés sur les principes des biens communs ?

Ouishare, Savoirscom1 et VECAM vous invitent à aborder ces questions avec Michel Bauwens et Bernard Stiegler au cours d’une rencontre publique qui se déroulera le 16 septembre 2014 de 18:00 à 20:30 dans la Salle Triangle du Centre Pompidou, à Paris.

Michel Bauwens – Berlin 2012 Remix The Commons – Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0

Michel Bauwens est un théoricien de la coopération P2P (de pair à pair), leader de la P2P Foundation, qu’il a créée en 2005 avec comme objectif: « la recherche, la documentation et la promotion des principes du pair-à-pair ». Il présentera le projet FLOK Society qu’il a dirigé en Équateur tout au long du premier semestre 2014. Cette initiative est née de la volonté du gouvernement équatorien d’élaborer un plan de transition global vers une société basée sur le bien vivre (buen vivir), inscrit dans la constitution du pays. Michel Bauwens, avec une équipe internationale de chercheurs et d’activistes, a élaboré des modèles de production et des instruments juridiques, basés sur la collaboration de pair à pair et le partage de la connaissance en biens communs et proposé une matrice et des politiques dont le gouvernement peut s’inspirer pour une application concrète en Équateur.

By Joseph.paris — Wikimedia commons. Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 via Wikimedia Commons

Bernard Stiegler par Joseph.paris — Wikimedia commons. Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 via Wikimedia Commons

Bernard Stiegler est philosophe, fondateur et président du groupe de réflexion philosophique Ars industrialis créé en 2005. Il dirige depuis 2006 l’Institut de recherche et d’innovation (IRI) qu’il a créé au sein du Centre Georges-Pompidou. L’IRI organise chaque année les Entretiens du Nouveau Monde Industriel (ENMI) consacrés à l’exploration des mutations des pratiques culturelles permises par les technologies numériques. Bernard Stiegler inscrit ses travaux dans le champ des digital studies. Pour lui, le numérique qui transforme radicalement notre façon de penser, de parler, de nous représenter le monde, fait apparaître une “organologie des savoirs” pour laquelle il faut définir de nouveaux concepts, théoriser et conceptualiser les pratiques sociales et culturelles et les technologies qui leurs sont associées. L’IRI est aussi engagé dans un projet de coopération avec le ministère de l’enseignement supérieur de l’Équateur qui vise à refonder l’université dans ce pays.

Cette rencontre est organisée avec le soutien de la Fondation Pour le Progrès de l’Homme.

Concevoir une phase de transition vers une société basée sur l’ouverture de la connaissance comme bien commun. Entretien avec Michel Bauwens.

Alors que nous préparons une rencontre publique, le 16 septembre prochain à Paris, avec Michel Bauwens et Bernard Stiegler, sur les enjeux de la connaissance libre et de la transition écologique, sociale et économique, nous présentons ici, la traduction en français de l’interview conduite par Richard Poynder, de Michel Bauwens au sujet du projet FLOK Society. Cette interview a été publiée à la veille du sommet FLOK society à Quito, en mai 2014, sous le titre original : Working for a phase transition to an open commons-based knowledge society: Interview with Michel Bauwens. de Michel Bauwens présente le projet FLOK Society, les résultats escomptés en Équateur et plus généralement pour le mouvement P2P, sans occulter les difficultés qu’il a rencontré avec son équipe de recherche.

Richard Poynder est un journaliste indépendant et blogueur passionné par le mouvement Open Access, la communication scientifique, la science ouverte, et les technologies de communication et la propriété intellectuelle. Son Blog est une mine d’or pour toute personne qui s’intéresse à ce sujet.

L’interview de Michel Bauwens a été publiée sous Licence : CC BY NC ND. La traduction a été réalisé par Frédéric Sultan.

Mardi, 27 mai 2014

Michel Bauwens – Berlin 2012 Remix The Commons

Aujourd’hui, un sommet commence à Quito, en Équateur qui discutera des façons dont le pays peut se transformer en une société de la connaissance ouverte basée sur les communs. L’équipe qui a élaboré ces propositions est dirigé par Michel Bauwens, fondateur de la Fondation pour les alternatives Peer-to-Peer (P2P Foundation). Quel est le contexte de ce plan, et quelle est la probabilité que ses fruits apportent un réel changement ? C’est dans l’espoir de trouver une réponse à ces questions que j’ai récemment interviewé Michel Bauwens. Read the rest of this entry »

Cartographier les Communs en Afrique

Au cours de prochains mois, trois des partenaires de Remix The Commons vont initier une expérience visant à formaliser des ateliers populaires de cartographie des biens communs, développer des outils de cartographie et un manuel pratique libre et ouvert, un manuel FLOSS, permettant de partager ce travail avec celles et ceux qui voudront le mener dans leur communauté, ou sur leur territoire.

Cartographie des Communs en Afrique est une initiative dont le centre de gravité est situé au Sénégal, entre Saint Louis et Dakar. Elle consiste à concevoir un dispositif ambitieux et populaire d’appropriation des communs. Elle mobilise les activistes, les intellectuels et les chercheurs de différents horizons géographiques et culturels et disciplinaires qui partagent l’ambition de refonder l’engagement et la participation citoyenne sur les biens communs.

Les biens communs sont des biens ou des choses qui n’appartiennent à personne en particulier, mais dont l’usage est commun à tous, et la gestion instituée sur une base coopérative et démocratique, c’est à dire qu’elle permet à chacun de prendre part à l’élaboration des règles et des décisions qui l’affectent.

Interroger les biens communs du point de vue de la production du lien social et symbolique, c’est interroger la manière dont les hommes font ensemble communauté humaine et comment ensemble, par accident ou par nécessité, ils se montrent capables de savoir ou non qu’ils sont en train de consolider ce lien ou de le perdre, comment ils sont capables ou non d’édifier des biens communs en le protégeant (Abdourahmane Seck).

Partant des expériences et des enjeux propres au continent Africain, le projet Cartographie des Communs en Afrique consiste à développer des méthodes d’interprétation et de représentation, notamment cartographique, des problématiques des biens communs, à les systématiser et organiser leur mutualisation et leur enrichissement sur une base ouverte et collaborative à des fins d’émancipation des populations. Ce projet contribuera à la constitution de réseaux d’acteurs des communs en Afrique, et à renforcer leur interaction avec ceux du reste du Monde, à travers le partage de visions et de pratiques des communs et la contribution à l’élaboration de méthodes et d’outils de cartographie des communs.

A l’origine du projet

Ce projet est née à la suite de la rencontre Internationale « Economics and the Commons » qui s’est déroulée à Berlin en mai 2013. Cette rencontre a sérieusement contribué au brassage humain des militants des Biens Communs et au renforcement des capacités de compréhension de la dynamique de coalition autour des biens communs. Ce mouvement a fait montre d’une réelle capacité de propositions théoriques dans des aspects divers, de même qu’une grande richesse géographique. Mais, la rencontre a aussi reflété certaines faiblesses que traduit notamment l’inégale répartition de son potentiel tribunicien qui accorde une place plus importante à l’Europe. Le niveau de relative faiblesse des Communs en Afrique, ou même encore la faiblesse des niveaux d’engagements financiers pour y développer un mouvement, ne peuvent justifier à eux seuls une telle trajectoire. Au niveau stratégique, il y a une alternative à opérer afin de ne pas reconduire deux travers fréquents du mouvement plus global de l’économie sociale altermondialiste.

Le premier travers à éviter concerne la tendance aux enrôlements à partir, toujours, des mêmes espace (Europe / Nord) et ensuite les excès de la professionnalisation des engagements, qui se traduisent par le renforcement des positions de domination symboliques et de la distinction sociale dans les contextes locaux. Le problème concerne aussi bien les militants du Sud, que ceux du Nord. Il nous faut veiller à ce que le mouvement autour des biens communs grandisse de manière diffuse et multi-centrée, de sortes à éviter des formes singulières de transactions qui opèrent sur la base des inégalités Nord/Sud ; Instruit/non instruits / Réseauté/non réseauté ; etc…

Une autre équation à résoudre concerne la nécessité de ne pas spécialiser le mouvement autour des biens communs à un petit nombre de domaines plus visibles qui risquent d’exclure les autres. Par exemple, si il est évident que les luttes pour l’informatique libre jouent un rôle important dans le renouveau des biens communs, nous devons prêter attention et imaginer des manières de communiquer qui insistent sur le fait que les biens communs sont partout et concernent tous les élans, disciplines et matières. Nul ne doit se sentir exclus.

Une dynamique endogène autour des communs

En Afrique, les intellectuels, les cadres des mouvements sociaux, les militants, etc…, sont objectivement à même de porter une dynamique d’appropriation des biens communs, susceptible de rentrer en dialogue avec le reste de la communauté mondiale, d’en assumer la charge et les contradictions, et d’impliquer les populations dans la production de ses propres discours savants – ce qui ne veut pas dire scientifique – sur la gestion des ressources en biens communs. Les pensées qui émergent en Afrique et les pratiques traditionnelles et néo-communautaires entrent en résonance. Les biens communs mobilisent, sans jamais se réduire à une seule dimension, les acteurs des mutimédias, des économistes, des leaders socio-communautaires, des intellectuels-militants, les conteurs traditionnels …etc, à travers des démarches pluri-thématiques et distribuées dans l’espace, de recherche-actions pour accompagner la gestion collective traditionnelle des ressources en biens communs ou la création de nouveaux communs. Le développement d’un mouvement autour des biens communs en Afrique dépend largement de l’existence de telles démarches, et de la diffusion et du partage des résultats.

En d’autres termes, le laboratoire des communs en Afrique devrait être des observations, des recherches documentaires, des enquêtes et études de cas, des focus-groupes, des recherches participatives …etc, ainsi qu’une réflexion intellectuelle, portant sur l’exercice du pouvoir et de la participation à la gouvernance des ressources, réalisés avec les composantes de la population. Dans de telles recherches participatives, les experts en économie, en droit , les chercheurs, ou bien les activistes dans le domaine mutlimédia, les utilisateurs des outils de communication, peuvent être sollicités pour contribuer et enrichir ces analyses.

Notre proposition consiste donc à développer un réseau autour des biens communs en Afrique, à travers d’une part, la mise en relation de projets de recherches-action sur les biens communs qui répondent aux problématiques propres au continent, et d’autre part, l’analyse et le partage des réflexions dans les cercles internationaux sur les défis des communs la société africaine contemporaine.

Pour engager la population dans l’observation des pratiques de gestions des ressources en biens communs et le dévoilement des enjeux des communs en Afrique, nous choisirons de partir des domaines qui touchent à la vie quotidienne de chacun dans le continent africain, à savoir : l’alimentation, les transports, la santé, l’environnement, l’information et l’éducation.
Vis à vis du reste du monde, l’expérience africaine apporte un éclairage singulier sur les rapports de pouvoir et les modes de gouvernance, les relations des communs avec les politiques publiques, la notion d’intérêt général. Elle met en évidence les nécessités de renouvellement et de convergences des mouvements de la Réciprocité, des Communs et de l’économie sociale et solidaire.

Développer des instruments d’appropriation des biens communs

L’appropriation et la (re)politisation des communs est un processus dialectique qui articule réflexion et action, au cours duquel les membres des communautés et des collectifs, militants, activistes, chercheurs ou cadres des mouvements, gagnent à mobiliser un large éventail d’instruments, de méthodes et d’outils. Dans ce sens, déployer à grande échelle dans une logique d’éducation populaire, une démarche facilitant la réflexion et l’action autour des communs, est un enjeu stratégique pour le mouvement des communs. Le projet a pour ambition de concevoir et expérimenter avec les acteurs du milieu des biens communs, un appareil de cette nature pour la réflexion et l’action sur les communs. Il s’appuie sur une démarche de documentation et de cartographie des pratiques et problématiques des communs.

D’une manière générale, l’élaboration de documentations ou de carte par un collectif, lui permet de faire la recension de ses richesses. C’est un outil mobilisable lors de ses délibérations internes pour décider de leur devenir. C’est aussi un outil de médiation pour faire reconnaître le rôle du collectif dans gestion et la gouvernance de ces ressources. L’élaboration par les populations elles-mêmes de la documentation de leur pratiques et de la cartographie de leurs ressources et richesses, permet de développer leurs capacités de transformation sociale et contribue à la fois à leur inscription dans le mouvement des communs et à son renforcement. Dans ce sens, le développement, sur une base ouverte et collaborative, de méthodes d’interprétation systématique et de représentation des problématiques des biens communs, est conçu comme un facteur d’émancipation des populations.

L’expérience que nous engageons vise à élaborer sur une année, un modèle qui pourra ensuite se déployer, dans les réseaux au Sénégal, en France et à travers les collaborations que permettra notamment le réseau francophone des biens communs, dont les initiateurs de ce projet sont parties prenantes.

Pour suivre ces travaux, reportez-vous au wiki

Démocratie : histoire d’un malentendu ITW video de Francis Dupuis-Déri

Francis Dupuis-Déri présente son livre Démocratie. Histoire politique d’un mot Aux États-Unis et en France, qui met en question la définition de la démocratie au cours des siècles.

Sans lendemain

« Sans Lendemain », est un film d’animation sur l’exploitation des énergies fossiles et des ressources naturelles et leurs conséquences sur la vie humaine sur la planète. Il est réalisé par Dermot O’ Connor et produit par Incubate Pictures. en 35 minutes, il aborde de façon très intelligible toute une série de problématiques liées à la croissance de notre système économique et à notre façon de consommer.

Réalisation : Dermot O’ Connor (35 minutes, 2012).http://www.idleworm.com
http://www.incubatepictures.comhttp://www.angryanimator.com

Information et documentation sur le site http://sansLendemain.mpOC.be.

Titre original étasunien : There’s no tomorrow.
https://www.youtube.com

Version française 2013 due à l’initiative du groupe de Liège du mpOC, Mouvement politique des objecteurs de croissance (le mpOC n’est pas un parti politique).

Avec le soutien de :
Amis de la Terre Belgique, ASPO.be (section belge de l’Association for the Study of Peak Oil and Gas), GRAPPE (Groupe de Réflexion et d’Action Pour une Politique Ecologique), IEW (Inter-Environnement Wallonie), Imagine demain le monde, mpOC.

Traduction : Francis Leboutte.
Voix : Caroline Lamarche.
Mixage voix : Margarida Guia.
Sous-titres en néerlandais, allemand, anglais, français, espagnol et italien.

Culture, commauté, et collaboration: de nouvelles voies pour la protction patrimoine culturel ancestral

Les questions sur la «propriété» ou sur le droit de bénéficier de l’héritage indigène sont au cœur des débats politiques, économiques et éthiques en cours aux niveaux local, national et international. Quand il s’agit de la recherche dans ce domaine, la vision des peuples autochtones sur la façon dont les études relatives à leur patrimoine sont gérés, est généralement peu prise en compte. De plus en plus cependant, des efforts sont faits pour décoloniser les pratiques de recherche en favorisant des relations plus équitables entre les chercheurs et les peuples autochtones, fondées sur la confiance mutuelle et la collaboration.

Dans cette présentation, George Nicholas critique les débats sur la «propriété» du patrimoine autochtone et fournit des exemples de nouvelles pratiques de recherche qui sont à la fois plus éthiques et plus efficaces. Ces modèles de recherche en collaboration, dans lesquels la communauté mène la recherche, mettent en évidence de nouvelles orientations importantes dans la protection du patrimoine des peuples autochtones.

IPinCH (Intellectual Property Issues in Cultural Heritage) est un projet international de recherche participative autour de la réappropriation de l’héritage culturel par les communautés ancestrales. A qui appartient le passé ? A qui bénéficie-t-il ? quelles sont les conceptions culturelles de l’héritage culturel (de la mémoire) ? Comment distinguer accaparement et emprunts culturels (cultural borrowings) ? Ce projet croise des questions sur le domaine public, la nature de la recherche conduite par les communautés (et non pour elles) et sur les connaissances ancestrales (et culturelles en général). Il montre un éventail de processus de gestion collective des connaissances des communautés et tire des principes applicables à la recherche et pour comprendre les questions étudiées. Enfin, il propose l’usage de la Traditional Knowledge licence et un questionnaire pour évaluer accaparement ou emprunt culturel.

Speaker: George Nicholas
Event: SFU Public Square
Date: April 2, 2014